Dave Pell, la musique
Retour à l'index du site le-saxophone Dave Pell Messagede peril » Mar 14 Avr 2009 02:09
Dave Pell
Un musicien mérite de clore le chapitre sur cette première génération de saxophonistes lestériens, il s'agit de Dave Pell. Il naquit en 1925, suivit la filière classique des grands orchestres blancs avant de s'installer en Californie. S'il provient de la tradition lestérienne, Dave Pell soliste ne retient pas particulièrement l'attention, alors que l'arrangeur-chef d'orchestre a à son actif d'intéressantes tentatives sur le répertoire d'Irving Berlin en 1953 (l'album « The Dave Pell Octet Plays a Gallery of Seldom Heart Tunes by Irving Berlin », Trend '1'1, 1003) ; en 1956 il se permit même de s'attaquer, avec un humour décapant, au folklore de l'Ouest
américain (l'album « Swingin'in the ( )1'(;orral », Victor LPM 1394). Il se lança également dans une entreprise destinée à éclairer l'art de Lester Young, en réunissant un orchestre baptisé Prez Conference, le but étant d'orchestrer des solos de Lester. Bill Holman était l'auteur des arrangements. L'entreprise n'a pas laissé une forte impression, elle valait cependant d'être tentée et fut un prétexte pour donner quelques concerts.
Bob Cooper, Bill Holman et Richie Kamuca
Bob Cooper, Bill Perkins, Bill Holman et Richie Kamuca sont des saxophonistes de la même génération que ceux que nous venons de citer. Cooper est né en 1925, Perkins en 1924, Holman en 1927, seul Kamuca, né en 1930, est nettement plus jeune (en termes de génération musicale). On a tendance à considérer qu'ils font partie d'une seconde génération de lestériens, en fait, Kamuca mis à part, ce n'est vrai que pour le plus âgé des quatre, nous verrons pourquoi.
Bob Cooper ne fut pàs tout de suite influencé par Lester et avoua lui-même avoir d'abord été inspiré par Don Byas et Lucky Thomson, 11 faut bien reconnaître qu'il possède un son plus dur, plus acide, que la plupart des lestériens de la première heure. Entre 1945 et 1951, il resta dans l'orchestre de Stan Kenton. Il connut très vite une relative notoriété, Kenton le mettant souvent en vedette, et se trouva classé septième au référendum organisé par la revue Down Beat en 1951. Peu de temps après avoir quitté Kenton, il se retrouva chez Shorty Rogers,
Bob Cooper fut toujours un homme des plus discrets, « un musicien pour musicien », dit Howard Rumsey. Il finit par rallier le clan des musiciens travaillant essentiellement pour la télévision et le cinéma. Ce n'est que récemment qu'il s'est rappelé à nous en enregistrant un album consacré à huit thèmes de Michel Legrand, montrant qu'il avait gardé ses belles qualités de soliste. Il réapparut aussi en compagnie de Shorty Rogers, avec les Géants de l'année 1983.
Bill Perkins connut une destinée assez étonnante dans la mesure où il ne devint musicien professionnel qu'à l'âge de vingt-trois ans, auparavant dûment doté d'un diplôme d'ingénieur en électronique. Il ne se lança dans la profession plus aléatoire de musicien de jazz qu'en 1950, jouant comme ses confrères dans divers orchestres blancs de moindre envergure avant de rejoindre le Troisième Troupeau de Woody Hcrman, en 1951.
Sans doute pour faire bon poids, il rallia l'orchestre de Stan Kenton en 1956 et y resta jusqu'en 1958. Son premier album ne fut enregistré
qu'en 1956. 11 est tout à fait représentatif de sa personnalité musicale. Grand admirateur de Lester, il ne cache pas son intérêt pour les conceptions musicales du grand orfèvre de sa génération, Stan Getz. Comme lui, il vise la pureté des lignes et s'attache avec une belle rigueur à débarrasser son langage d'un vain expressionnisme.
Dans les années 60, Perkins disparut un moment de la scène musicale, se consacrant au travail d'ingénieur du son. Il ne s'arrêta pas de jouer pour autant. Dans les années 70, il réapparut sur la scène californienne tenant le baryton dans l'orchestre de Toshiko Akiyoshi et Lew Tabackin et dans celui de Clare Fischer. En 1983, Shorty Rogers fit appel à lui pour remonter ses Géants et ce fut pour lui l'occasion de partir en tournée à travers le monde. C'est ainsi que nous le vîmes au festival de Nice en 1986.
Bill Holman, né en Californie, commença par étudier l'ingénierie et la musique. Il rejoignit l'orchestre de Charlie Barnet en 1951, celui de Kenton en 1952. Il y eut le loisir de développer ses talents d'écriture et de mettre au répertoire de l'ensemble maints arrangements, parmi les plus beaux dont il ait jamais disposé.
Holman aurait sans doute pu mener longtemps une carrière de saxophoniste si le démon de l'écriture n'avait pas fini par l'emporter. Ce lestérien tendance musclée était « bien évidemment un saxophoniste de tout premier plan, comme l'affirma André Previn, mais (...) son véritable instrument était en réalité le grand orchestre de jazz ».
Il fut, de loin, un des arrangeurs les plus fertiles d'après-guerre. Il est même l'auteur d'une suite, Quartet, épousant la forme de la sonate. Il ne faudrait pas chercher dans son oeuvre la complexité gratuite. Il s'en expliqua lui-même : « Ce que je veux préserver, c'est l'essence du jazz. Quelle que soit l'importance de ce qui est écrit, la musique doit conserver absolument l'esprit de l'improvisation. Pour atteindre ce résultat, j'ai essayé d'éviter les masses sonores trop lourdes et j'ai tenté de communiquer à la musique relaxation et mouvement continuel, de sorte que les solistes bénéficient du plus d'opportunités possibles » (texte de pochette du recueil « Stan Kenton Showcase — The Music of Bill Holman »).
Bill Holman continue à faire parler de lui : n'est-il pas l'auteur des arrangements du disque le plus remarqué de Count Basie dernière cuvée, « I Told You So » (Pablo 2310767), enregistré en 1976 ? En 1980, Bill Holman se paya même le luxe de monter à nouveau son propre grand orchestre.
Richie Kamuca a la particularité rare de venir directement du bebop
el de s'être tourné ensuite vers I ,ester Young. bonne chronologie le
mouvement se produit (l'habitude (Iiills le sens contraire. Il a naturellement participé aux orchestres de Sian Kenton (1951-1952), de Woody I lerman (1954-1955), assumé aussi le parcours californien : Lighthousc Ail Stars (1957-1958), Shorty Rogers et Shelly Manne (1959 à 1961). Même s'il est nettement plus jeune que tous ceux dont nous venons de parler, il est de la même génération par le coeur.
11 a ses inconditionnels, profondément séduits par sa discrétion et la pudeur de son expression. Sa sensibilité indéniable n'est jamais si présente qu'à la fin de sa vie. Il est difficile de résister plus d'une seconde à l'album « Drop Me Off in Harlem », enregistré en 1977 (Concord Jazz CI 39). C'est un disque amoureusement lestérien, un des rares qui aient su toucher à la substance même de l'âme présidentielle. Curieusement, son tout dernier album, « Charlie », présentant exceptionnellement Kamuca au saxophone alto, est un hommage à Charlie Parker, façon aussi de se tourner vers sa jeunesse et de boucler la boucle. Kamuca a peu enregistré sous son nom, sept albums en tout (dont un n'est jamais sorti) ; néanmoins on l'entend dans un grand nombre de disques