Dick Hafer et ses anches


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Retour à l'index du site le-saxophone Dick Hafer Messagede peril » Mar 14 Avr 2009 02:15
Dick Hafer, Eddie Shu, Dave Van Kriedt, Frank Socolow, Herbie Mann, Phil Urso
Évoquons pour finir quelques musiciens encore, tel Dick 1 tarer, débarqué sur la scène du jazz en 1949 et qui se révéla lui aussi un lesté-rien pur et dur. Ses solos, assez rares, notamment chez Woody 1 lerman ou sur des disques de Nat Pierce, révèlent toutefois un son assez tendu et plus acide, proche de l'alto, que chez la majorité de ses pairs en la confrérie présidentielle. Délicatesse ultime, le discret Hafer vient de nous offrir, tout récemment, un album gonflé de la sève de la jeunesse et du lestérisme réunis !
De la même génération qu'Hafer, Eddie Shu était un multiinstrumentiste, pratiquant la clarinette, les saxophones alto et ténor, la trompette, l'accordéon et l'harmonica. S'il apparaît parfois comme un lesté-rien sans malice, ses disques pour Bethlehem témoignent d'une moindre orthodoxie et il semblerait même, tant au ténor qu'à l'alto, attiré par la mystérieuse planète Warne Marsh.
Cette comparaison est encore plus tentante, probablement mieux fondée, dans le cas de Dave Van Kriedt, qui commença son itinéraire musical sous des auspices expérimentaux, étudiant auprès de Darius Milhaud et s'associant à l'octeur dr Dave lirtibrck du moment de sa
création révolutionnaire (on a trop rarement insisté sur l'intérêt de ce petit cercle quasi révolutionnaire).
Parmi les lestériens, car il ne nous paraît pas utile de les convoquer tous, citons pour finir Frank Socolow, d'abord logiquement marqué, puisqu'il naquit en 1923, par Ben Webster avant de tomber sous le charme de Lester Young. Il n'en resta pourtant pas là, recevant le message de Charlie Parker, il se précipita dans le bebop
Herbie Mann et Phil Urso eurent aussi leur étape lestérienne, le premier au début des années 50, avant de se consacrer à la flûte. Le second, musicien de la même génération, bifurqua lui aussi en cours de route, mais sans changer d'instrument. Il sut incorporer à son jeu, peu porté à la mollesse, des éléments qui le rapprochaient des hommes du bard bop, il avait succombé aux charmes de l'art de Sonny Rollins.
Art Pepper
Concluons ce chapitre en compagnie d'un homme que peu de gens songeraient à associer spontanément à Lester Young, dont pourtant il « descend » avec la spontanéité du singe. Trêve de mauvais goût... Il existe peu d'altistes lestériens et on est tenté le plus souvent de les regrouper sous la bannière konitzienne, un musicien, cependant, eut une identité suffisamment forte pour relever de l'orbite lestérienne sans nécessairement succomber à l'attraction konitzienne, c'est Art Pepper. La vie d'Art Pepper ressemble à un roman et elle a en effet la forme d'un livre, Straight Lee, décrivant ses obsessions sexuelles, le monde des junkies et ses séjours en prison. La musique n'y tient pas le premier rôle.
Né en 1925, en Californie, il avait connu une enfance misérable et la musique s'avéra heureusement la planche de salut inattendue. Il la rencontra d'abord sous la forme d'une clarinette. Il se mit au saxophone alto dès l'âge de treize ans. Dès qu'il le put, il devint professionnel, se produisant dans les orchestres de danse de la région. Il rencontra sur sa route Benny Carter, mais ne put rester dans son orchestre, partant en tournée dans le Sud. Carter ne pouvait garder dans sa formation un musicien de race blanche. Pepper se joignit alors, une première fois, à l'orchestre de Stan Kenton, avant de partir à l'armée fin 1943. Libéré de ses obligations militaires, il retourna chez Kenton en mai 1946.
Jusqu'en 1952, il passa une grande partie de son temps dans cet orchestre, participant à d'interminables tournées à travers l'Amérique, rencontrant la drogue, l'héroïne en l'occurrence.
Apparemment les choses n'allaient pas si mal pour Pepper, Kenton I tti donnait largement sa part de solos et, en 1951, il se vit classé second altiste de l'année par la grande revue de jazz Down Beat.
Il s'était forgé un style de saxophone qui ne devait pas grand-chose à Charlie Parker, un peu plus à Benny Carter et énormément à Lester Young. Lui-même avouait à l'occasion cette dette envers Lester, lors qu'ildéclarait son admiration pour Zoot Sims.
Au début 1952, il commença à travailler épisodiquement avec Shorty Rogers, et c'est en mars de cette année-là qu'il signa son premier disque pour Savoy, parfaitement abouti et totalement représentatif de son style très achevé. Sa vie commençait à être sérieusement perturbée par la drogue et, par conséquent, par ses ennuis avec la police et il finit par atterrir en prison. Il y fit plusieurs séjours entre 1953 et 1956. À l'été I 956, libéré depuis peu, il enregistra plusieurs albums, fort beaux, pour des petites marques californiennes. En décembre de la même année commença sa longue collaboration avec les disques Contemporary, dont le patron était alors Lester Koenig. La musique ne sauvait peut-être pas l'homme mais elle résistait à tous les assauts de sa vie extérieure
En 1960, il se retrouva en prison. Il y resta jusqu'en 1964. Il avait découvert la musique de John Coltrane lorsqu'il se trouvait encore derrière les barreaux et elle l'atteignit au plus profond de son être. En 1965, Pepper fut de nouveau incarcéré et ne retrouva la liberté qu'en 1966. C'est à cette époque qu'il s'acheta un ténor. On n'a rien d'Art Pepper entre 1960 et 1973, mais le premier grand disque du « retour », « Living Legend », résume bien des choses : les mondes de Lester Young et de John Coltrane communiquent à leur manière. Au fond, chez l'un et l'autre, il ne s'agissait que d'imagination mélodique, même si Coltrane longtemps harassa les accords, et qu'au bout de son parcours l'imagination mélodique a créé les rapports les plus inattendus, côtoyant l'atonalité.
Les nombreux disques enregistrés par Art Pepper peu de temps avant sa mort, comme pour rattraper le temps perdu, démontrent à l'envi que ce monde en marge n'est pas nécessairement celui de l'abstraction, que beauté et improvisation mélodique font bon ménage. L'envoûtement naît de ce vertige à susciter la trame de la musique pour mieux en dégager les beautés. Art Pepper mourut en 1982.
Le numéro de Down Beat du 19 septembre 1956 publia une interview de Pepper affublée du chapeau suivant : « "Fin 1954, j'utilisais quarante capsules d'héroïne par jour..." .Je ne cite pas une phrase prise au hasard
dans un roman policier. Vous ne trouverez pas non plus cet aveu dans le scénario de L'Homme au bras d'or. Ces paroles tragiques sont celles de l'altiste Art Pepper au cours d'une interview exclusive qu'il nous a accordée dans les bureaux hollywoodiens de Down Beat, quelques semaines après sa sortie du pénitencier fédéral de Terminal Island, en Californie. Il venait d'y purger une peine après sa deuxième condamnation pour détention de narcotiques en moins de trois ans » (cité in Straight
On a du mal à croire que ce triste exemple de prose journalistique sorte tout droit de la plus grande revue de jazz américaine.