L'orchestre qu'il monta en 1933 pour jouer du bach


Retour à l'index du site le-saxophone L'orchestre qu'il monta en 1933 Messagede peril » Mer 15 Avr 2009 12:59
L'orchestre qu'il monta en 1933 disposait d'un grand nombre d'atouts. Il sut toujours attirer les meilleurs musiciens (citons le trompettiste Henry Red Allen, les trombonistes Jimmy Harrison et Benny Morton, les saxo-phonistes Chu Berry et Coleman Hawkins, les pianistes Fats Waller et Teddy Wilson) et c'était un véritable honneur de jouer pour lui. Tout était parfait : la musique proposée, l'ambiance, le chef... Il ne manquait que les contrats.
Des audaces harmoniques, des accords futuristes, des conceptions rythmiques étonnantes, tel était le menu que Benny proposait à ses hommes et sa férule était douce. Il était non seulement un véritable gent-leman mais faisait montre dune grande gentillesse : "Si votre jeu n'était pas encore parfait, expliqua le contrebassiste Mill !limon, il faisait tout son possible pour -vous aider. 11 enrichissait constamment votre vie d'homme et de musicien. Plusieurs années après on réalisait qu'on n'aurait pus été le mente 110111111U Nt
l'ou n'avili( connu Carlo.," (7)
Ounce du 16 octobre 1933 est lotit à fait représentative du talent orchestral de Carter, notamment Symphony in Riffv, dont il est l'auteur et qui compte au nombre de ses plus belles réussites, et flue Lou, thème honoré par maints grands du jazz.
En 1935, Benny quitta les Etats-Unis pour s'installer en Europe où nous le retrouverons notamment en compagnie de Django Reinhardt.
ZAZOU AVANT LA LETTRE
Comparer l'art de Benny Carter à celui de Cab Calloway n'a guère d'intérêt. La manière subtile du premier relève de l'introversion au regard de l'extraversion spectaculaire du second et si Carter eut souvent du mal à trouver un club qui voulût servir longtemps de tremplin à sa musique raffinée et exigente, Cab se vit offrir en 1931 l'asile du Cotton Club. L'endroit n'avait rien d'un club de jazz à proprement parler, même s'il accueillit longtemps Duke Ellington et ses hommes. C'était un cabaret chic, son public était composé de gens du monde, de personnalités du spectacle et même de gangsters, en majorité des Blancs. Le jazz servait de piment aux spectacles scéniques (danseuses, numéros divers, comiques, etc.). Cab Calloway y était comme chez lui. Lorsqu'en 1933, il enregistra Za h , Zuh, La:, il venait de signer un contrat chez 12CA. Son orchestre avait fière allure et ne se contentait pas de faire de la figuration ou de servir de simple faire-valoir à son chanteur vedette. Parmi ses membres, il faut citer le
trompettiste Doc Cheatham, le tromboniste Harry White, les saxophonistes Eddie Barefield, Arville Harris et Walter Thomas, le pianiste Bennie Payne, jazzmen de valeur qui n'étaient pas seulement là pour le décor.
Au fil des ans se succédèrent chez Cab des musiciens de grand talent, et ils ne manquaient pas d'éloquence lorsque le chef leur donnait la parole. Zah, Zuh Zaz serait tout bonnement l'ancêtre de notre zazou national. Ainsi que le rappela Daniel Nevers : "le disque fut édité en France" et Cab annonçait indiscutablement notre célèbre fou chantant ; l'extravagance de ses tenues de scène anticipait largement l'excentricité vestimentaire des zazous. Il fut enregistré quelques années avant qu'une folie peu sympathique s'emparât de notre vieille Europe et que certains préférassent se tourner vers la lointaine Amérique pour y dénicher de joyeux ancêtres.
'l'EDDY PRISE
transcendé par l'intelligence du phrasé servi par un toucher lumineux." (4)
Un des joyaux de la première séance de Wilson en piano solo est Somebody Loves Me, thème de George Gershwin. Non content de s'imposer comme un soliste d'exception, Wilson sut animer des petites formations parmi les plus attachantes des années 1930 et brilla aux côtés de Benny Goodman ; nous y reviendrons.
DE QUOI JE ME MEZZ ?
Mezz Mezzrow nous laissa ses mémoires, un livre magnifique écrit en collaboration avec Bernard Wolfe, La rage de vivre, une superbe épopée haute en couleurs. Elle insiste tout particulièrement sur le noir qu'il affectionnait, au point de finir par passer pour un homme de couleur.
"Durant les treille dernières années, écrivit-il, j'ai joué dans pas mal de
boîtes, depuis les "roadhouses", les auberges d'Al Capone, jusqu'aux cabarets "swing" qui jalonnent la 52e rue à New-York, dans les boîtes de nuit à Paris, à l'Université de Harvard, dans les endroits collet monté comme les ambassades de Washington et les salons de Park Avenue, sans compter tous les bouis-bouis de bas étage. Partout j'ai joué cette musique que j'ai apprise à Pontiac." Pontiac était la maison de redressement où il se retrouva étant gosse.
Mezzrow ne fut jamais un grand musicien, même s'il enregistra maints disques en compagnies de Sidney Bechet, entre autres grandes pointures. Sa vision du jazz était celle d'un homme qui regretta toujours le bon vieux temps, celui où les hommes de la Nouvelle-Orléans faisaient le jazz. Lui-même était juif, né à Chicago. Néanmoins, si Mezz n'avait pas existé, il faudrait probablement l'inventer, et l'homme était aussi fascinant Utle ses souvenirs.
Au cours d'une existence bien
Mezzrow participa à Iton nombre d'homériques séances (le studio, cet tailles sous son nom et alignant une pléiade de vedettes, Blancs el Noirs. line des plus belles fut celle du 7 niai 1934. ("est Ilughes Panassié qui avait demandé aux disques RCA Victor de l'enregistrer. Mezz fit bien les choses : "A cet enregistrement, je n'avais pas moins de quatre chefs d'orchestre noirs, tous sur le chemin de la gloire : Benny Carter à l'alto, Chick Webb à la batterie, John Kirby à la basse et Willie Smith "The Lion" au pittno."Ajoutons, au nombre des élus, le saxpphoniste Bud Freeman et Floyd O'Brien, excellent tromboniste blanc. Sendin' 11w Vipers (un viper étant un adepte de la marijuana) est de sa com-position : "un arrangement oral que je fis au studio", précisa-t-il. Il est très représentatif du genre d'ambiance que savaient créer des musiciens qui se respectaient mutuellement et ne pensaient sans doute pas ce jour-là à autre chose qu'à se faire plaisir. Du jazz comme les bananes, à consommer immédiatement, quelle que soit la couleur de la peau. Le batteur de la séance était donc Chick Webb, qui dirigeait alors sa propre formation et qui, depuis 1930, passait en vedette au Savoy Ballroorn.