Pete Brown soprano baryton basse
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* Répondre en citant le message Pete Brown, Louis Jordan, Tab Smith, Al Cooper Messagede Philo » Jeu 16 Avr 2009 13:44
Pete Brown, Louis Jordan, Tab Smith, Al Cooper
Le style de saxophone extraverti qui finit par aboutir au rhythm and blues a de lointaines origines. Les précurseurs du genre se nomment Pete Brown, qui débuta vers le milieu des années 20, Louis Jordan et Tab Smith, à la fin de la même décennie. D'Al Cooper on ne sait pas grand-chose, sinon qu'il apparut vers la fin des années 30, de même pour Pete Brown, arrivé même un peu plus tôt.
Pete Brown, souvent qualifié de « haletant », poussa à l'extrême le procédé consistant à hacher ses phrases en les faisant rebondir comme autant de billes de bois sur une pente de montagne. Ce type de gymnastique, d'énergie si l'on préfère, trouva son plein emploi plus tard, dans des secteurs musicaux moins raffinés que le jazz. Quant à Brown, il ne voulait pas sortir de son domaine de prédilection et on aurait bien tort de réduire sa personnalité musicale à ses débordements, mieux vaut peut-être le réécouter s'exprimer avec un lyrisme plus mesuré (auprès de Coleman Hawkins). Rappelons aussi que certains le tiennent en la plus haute estime, notamment le fameux critique Leonard I 'eather, et le considèrent comme un des saxophonistes les plus sous estimés du jazz.
On sait qu'Al Cooper dirigea les Savoy Sultans, un des groupes vedettes du Savoy Ballroom de Harlem, entre 1937 et 1946. Son jeu ne s'encombrait pas de fioritures et usait de toute une gamme d'astuces visant à instaurer une dynamique (ce jump qui aboutira indirectement au rhythm and blues) aisément communicable. Faire danser, sauter, bondir, tel était le programme. Cela n'empêchait pas Cooper d'utiliser des arrangements relativement légers et de s'exprimer avec véhémence sans tomber pour autant dans la vulgarité.
Tab Smith, né en 1909, s'était lancé sur la scène musicale à la fin des années 20. Il atteignit un niveau technique des plus remarquables, proche de Benny Carter et de Johnny Hodges. Il écrivait des arrangements estimables (chez Count Basie). Loin de poursuivre dans la voie du jazz, il préféra cultiver les techniques qui pourraient lui attirer un public plus sensible aux gros effets (rentre-dedans, vibrato accentué) et concrétiser cette démarche dans le domaine du rhythm and blues, luttant avec Earl Bostic. Il disposait pourtant, au départ, d'un nombre suffisant d'atouts pour ne pas en arriver là.
Illinois Jacquet, Arnett Cobb
Vers le milieu des années 40 se développa au sein du jazz un style de saxophone, plus particulièrement de ténor, tournant franchement le dos au nouveau langage, le bebop, et retenant de l'évolution antérieure quelques recettes connues pour ébranler les foules. Ces saxophonistes, donc en majorité des ténors, furent baptisés honkin'tenors ou encore « ténors hurleurs ». La plupart étaient des descendants plus ou moins directs de Coleman Hawkins, marqués parfois par l'empreinte de Herschel Evans voire de Ben Webster. Ils avaient donc gelé la lignée du ténor jazz à un certain point de son évolution et n'entendaient pas pousser plus loin l'inlassable travail harmonique entrepris par Coleman Hawkins. Certains restèrent cependant dans le camp du jazz, d'autres ne tardèrent pas à basculer dans ce que l'on a appelé plus tard le rhythm and blues, dont le rock and roll est souvent une version abâtardie. Un bon nombre d'entre eux participèrent des deux mondes — du jazz et du rhythm and blues entendons-nous —, selon les moments. Tel fut le cas de Illinois Jacquet, de John Hardee et d'Arnett Cobb.
Toutefois, et cette remarque nous paraît d'importance, certains de ces musiciens pâtirent longtemps d'une réputation trop vite acquise — notamment grâce à Lionel Hampton, grand révélateur de brûleurs de planches —, qui finit par éclipser leur art véritable. Et à cet égard, le cas d'Illinois Jacquet est particulièrement édifiant. Commençons par rappeler quelle fut sa trajectoire. Né en 1922 en Louisiane, il passa toute sa jeunesse au Texas. Il fut probablement un des ténors les phis doues de sa génération. Il sut marier les
idées de Lester Young à un son nettement plus hawkinsien. On constate aussi, comme le fit remarquer Philippe Baudouin, qu'il fut un des premiers à transposer au ténor des passages entiers de Charlie Parker. Le hasard voulut qu'il se retrouvât assumer chez Hampton le rôle de roi du sifflement d'anche, du chauffeur chargé de transporter les foules. Ce rôle-là, il dut le reprendre plus tard, lors des tournées Jazz at the Philarmonic de Norman Granz. Jacquet ne passa pas pour autant sa vie à reprendre ce numéro. Il fut en tout cas royalement ignoré des amateurs d'innovation, à commencer par la critique spécialisée La raison est facile à comprendre, les spécialistes jugent sa sonorité et non l'ensemble de sa musique. Le « gros son », hérité de Hawkins, représentant comme la griffe d'un âge révolu.
Le grand orchestre de Lionel Hampton peut donc être, à bien des égards, considéré comme la pouponnière des forts en souffle. Arnett Cobb, ténor de l'ensemble en question à partir de 1942 l'exprima ainsi : « Nous appelions cet orchestre « école de musique Hampton ». Hampton croit à ce qu'il joue, il ne sera pas satisfait avant d'avoir réussi à les faire bondir de leur fauteuil. » (Interview réalisée par Serge Héribel et Gérard Rouy, Jazz Magazine, septembre 1977).