Johnny Dankworth le hard bopper


Retour à l'index du site le-saxophone Johnny Dankworth Messagede Telio » Sam 18 Avr 2009 17:24
Johnny Dankworth
C'est en 1953 que l'Anglais Johnny Dankworth monta son premier orchestre, imprégné de l'air du temps, il commençait à être influencé par le hard bop. Disciple, à l'origine et comme tant d'autres, de Charlie Parker, il mettait dans son jeu une véhémence qui le rapprochait surtout de Phil Woods ou de Gene Quill, si l'on préfère. Le saxophoniste et le soliste finirent par céder le pas au chef d'orchestre.
LA FORCE de l'impact coltranien sur le jazz fut énorme, même si elle fut moins importante que celle de Louis Armstrong et de Charlie Parker. Au milieu des années 50 naquit tout un mouvement
autour du saxophone ténor, débouchant ultérieurement sur une véritable renaissance de l'instrument, au point de le voir devenir l'instru-ment-roi du jazz, au moins jusqu'au début des années 70.
La percée coltranienne n'a de sens que si l'on considère qu'elle ne correspondait pas à une volonté isolée, d'autant que l'importance de Sonny Rollins, à la même époque, est flagrante. Si les deux hommes finirent pas se dégager du lot des meilleurs spécialistes du saxophone, une bonne douzaine de musiciens méritent d'être associés au grand redémarrage. On pourrait grossièrement les diviser en deux catégories, les hommes du hard bop et les novateurs : parmi les premiers Harold Land, Johnny Griffin, Hank Mobley, et Von Freeman ; parmi les seconds, John Gilmore, Bobby Jaspar: Enfin, quelques musiciens moins aisés à situer, dont Benny Golson et Ira Sullivan.
Les saxophonistes qui se firent connaître à travers le hard bop pro-longeaient à leur manière le bop, bénéficiant du travail accompli pen-dant une décennie. lls ne voulaient pas que leur technique fasse écran et elle fut le plus souvent mise au service d'un jazz dynamique, porté par
des formations telles que les Jazz Messengers (dont firent partie John Gilmore, Benny Golson, Johnny Griffin, Hank Mobley). La plupart de ces musiciens venaient des grandes villes du Nord-Est, Chicago, Detroit et Philadelphie.
Von Freeman
Le Chicagoan Von Freeman était sur la scène du jazz depuis les années 40. Il dut attendre 1972 pour enregistrer son premier album. Il fut toujours très actif et il expliqua à Jean-Loup Bourget qu'à Chicago où il jouait alors depuis sa jeunesse, la majorité des grands jazzmen de la ville était passée par l'école Du Sable High, et avaient reçu l'enseignement du capitaine Walter Dyett. « C'était quelqu'un de merveilleux. Il avait formé Nat King Cole, Ray Nance... En fait, il avait d'abord enseigné à la (...) Wendell Phillips High School, et puis (...) il était venu à Du Sable. Et ses élèves s'appellent Clifford Jordan, Johnny Griffin, mon frère George, Gene Ammons, Bennie Green » (Jazz Magazine, septembre 1977). Sur les cinq derniers noms cités, trois sont des saxophonistes.
« Avait-il une méthode particulière ? » demanda Jean-Loup Bourget. « Eh bien... il avait un bâton avec lequel il vous tapait sur la tête ! C'était un tenant de la discipline, avant tout. Il veillait que vous fassiez des exercices et que vous appreniez une discipline, ce qui est une chose essentielle. Il m'a protégé de tas de choses : la drogue, les soirées trop tardives... Il parlait de tout cela. Il jouait du violon et du piano, mais il connaissait tons les instruments, naturellement, le doigté et ce genre de choses, et il faisait en sorte que vous appreniez à jouer avec un doigté correct. Les saxophonistes, il les faisait toujours débuter simplement avec une embouchure - une embouchure de clarinette - "bip, bip, bip". »
Le jeu de Von Freeman présente un caractère anthologique, dans la mesure où il est probablement le seul à avoir prolongé aussi loin la tradition hawkinsienne — en ce qui concerne, la sonorité, le « growl » — ; « datée », si l'on veut, mais transcendée par l'incorporation d'éléments harmoniques nouveaux, le langage du bebop, plus tard celui de John Coltrane.
André Jaume expliquait que « Von Freeman est surtout reconnais-sable à son attaque, à sa façon de détacher les notes. (...) Son attaque, c'est une attaque de cuivre, ou de flûtiste, adaptée au saxophone — coups de langue, double attaque — et qui est difficile à faire au saxophone »
(Jazz Magazine, décembre 1979). Précieux complément d'analyse et qui nous ramène à une strate encore plus lointaine, la génération d'Hawkins et de Stump Evans, alors que la trompette occupait le haut du pavé et que les saxophonistes empruntaient aux cuivres.
Von Freeman était dans sa cinquantième année lorsqu'Atlantic lui offrit, sur le conseil de Roland Kirk, d'enregistrer son premier album, « Doin'Right Now ». Il fut suivi, trois ans plus tard, de deux albums pour Nessa : « Have no Fear » et « Serenade in Blues ». Ces enregistrements constituent une suite de portraits du saxophone ténor ; comme si d'un morceau à l'autre il avait voulu dévoiler les membres de la famille, divers visages du saxophone, avec chaque fois une expression bien différente, autant de climats sonores et de sentiments.
Dans les années 80, Von Freeman se produisit fort souvent avec son fils, Chico, et sa cote ne cessa de monter. Aujourd'hui, à soixante-dix ans passés, il entame une deuxième, voire une troisième, carrière.