Sa carriere de musicien
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Sa carriere se confond presque avec celle de l'Arkestra de Sun Ra, enclave galactique dans le monde du jazz. Il a fait partie de l'orchestre depuis le milieu des années 50, à part quelques évasions hors du giron spatial, notamment chez Art Blakey, entre 1964 et 1965. Il fut un des principaux solistes de Sun Ra et il est difficile de dissocier son art de celui d'un des orchestres les plus contestables mais aussi les plus dérangeants des trente dernières années du jazz. Il importe peu de discuter ici de la valeur de l'oeuvre de Sun Ra ; subsiste, en tout cas, un regret, c'est que l'importance de Gilmore ait rarement été reconnue et qu'il se soit produit trop rarement hors de la matrice galactique. John Gilmore, parÂvenu à un âge respectable, n'est certes pas l'inconnu du bataillon mais l'éclaireur du « free jazz ».
Bobby Jaspar
L'harmoniciste belge Toots Thielemans raconta une tournée aux États-Unis : «J'arrive à Detroit, je vais aux toilettes et, au-dessus de l'urinoir, je lis "Toots a une grosse bite !" J'appris alors que J.J. Johnson avait joué là une semaine plus tôt et Bobby faisait partie de son groupe. Plus tard, je lui ai dit : "Tu sais bien que ce n'est pas vrai !" » (Interview réalisée par Didier Francfort et Gérard Rouy, Jazz Magazine, juillet-août 1982).
Bobby, le héros « caché » de cette histoire, n'était autre qu'un com-patriote de Thielemans, le saxophoniste Bobby Jaspar.
Il naquit en Belgique en 1926 ; il fut un des rares musiciens européens à vivre assez longtemps aux Etats-Unis et à s'y faire reconnaître comme un soliste de premier plan. Il avait signé ses premiers enregistreÂments en France dès 1951, placés sous le signe de Lester Young. Ultérieurement, il fut profondément impressionné par l'art de Stan Getz. Il se rendit aux États-Unis en 1956 et se produisit avec les groupes de Gil Fuller, de Jay Jay Johnson en 1956, de Miles Davis en 1957 et de Donald Byrd en 1958. Vers cette époque survint un changement profond dans son style, un mouvement insidieux qui laisse entrevoir quelle peut être la relation entre l'art de Lester Young et de John Coltrane, voire, au plus près, entre Stan Getz et Coltrane et qui permet d'appréhender ce moment où l'imagination mélodique est telle qu'elle tend à l'atonalité, s'échappant naturellement du système des accords (lui rêvait, rappela Alain Tercinet, de fondre en son jeu Stan Getz et Warne Marsh). lobby Jaspar mourut à New York en 1963.
Serge « Bibi » Monville
Quelques lignes dans une encyclopédie, voilà qui ne devrait pas faire l'affaire. L'écoute des quelques faces enregistrées par Monville, les témoignages de ceux qui l'ont côtoyé valent assurément mieux qu'une notice. Savourons son phrasé tendu, sa musique où le miracle lestérien s'accomplit en toute sa modernité avec une étrange puissance, comme venue d'en dessous. Ce musicien antillais enregistra avec Bernard Peiffer en 1954, aux côtés de Bobby Jaspar (qu'il accompagna d'ailleurs sur un disque, mais Monville n'y prit pas de solo), René Thomas en 1956 et Fal Frett (aux Antilles en 1977).
Barney Wilen
Il est à noter qu'un autre musicien européen, le Français Barney Wilen, né en 1937, eut son mot à dire dans ce monde du jazz américain par l'intermédiaire de Miles Davis. La fameuse musique du film Ascenseur pour l'échafaud, réalisée à Paris en 1957, correspondit, comme le souligna le guitariste Philippe Petit, à un tournant, à un moment de réflexion, rarement perçu comme tel, césure déterminante dans l'oeuvre du trompettiste Miles Davis.
Wilen n'a' d'ailleurs jamais interrompu sa quête d'un ailleurs. Il fut un des premiers à proposer à la fin des années 60 un rock jazz consistant, et à se rendre en Afrique pour y jouer avec les Noirs. Il a ensuite participé à maintes autres expériences. Vers la fin des années 80, Wilen fut relancé en partie grâce à la promotion relative à la publication de la bande desÂsinée de Loustal et Paringaux.
Jean-Louis Chautemps
On ne se souvient pas toujours que Jean-Louis Chautemps était déjà présent au début des années 1950 — chez Claude Bolling entre 1952 et 1954. Peu importe, d'ailleurs, car ses divers êtres musicaux le poussèrent très loin. Il assimila, chemin faisant, les styles de saxophone moderne, du bard bop à John Coltrane, se montrant aussi à l'aise dans la voie inaugurée par Warne Marsh (cf. le disque pour Gérald Merceron). L'aventurier apparut de manière plus évidente auprès de Jef Gilson au début des années 60, prélude à son activité résolument pionnière au sein du Inini-mouvement du « free jazz » en France, dès 1965. ll travailla ensuite dans le domaine de la musique contemporaine, multipliant les
rencontres de ce type (notamment avec son propre ensemble Rhizome, né en 1976). Chautemps occupe une position assez singulière, devenu un pilier des studios à une époque où ce genre de travail tendait à disÂparaître, il sut assimiler les vertus de l'électronique (synthés, etc.), ce qui ne l'empêcha pas de poursuivre les expériences collectives, du sérieux Quatuor de saxophones à la Compagnie Lubat.
Chez Chautemps, le côté Michael Breckerf assimile-tout s'associe avec bonheur avec l'humour, d'ailleurs présent chez Brecker, la qualité de ses dérives tenant aussi à ses origines, celles d'un véritable soliste, au sens traditionnel du terme. Â