LA PLUPART DES TÉNORS
Retour à l'index du site le-saxophone A PLUPART DES TÉNORS des années 60 furent très fortement marqués par John Coltrane et certains passèrent longtemps pour de simples disciples. La situation fut compliquée du fait que la vague du free jazz les rejeta parfois dans l'ombre. On les jugea tièdes comparés aux nouveaux venus et même souvent par rapport aux oeuvres les plus récentes de John Coltrane. La mort de celui-ci et la fin du free jazz ne les délivra pas pour autant. Il fallut parfois des années à quelques-uns d'entre eux avant d'y voir clair.
Le post-coltranisme fut particulièrement généreux en représentants, sinon en talents. La liste est longue et nous sommes assurés d'en oublier. Il n'est pas si agréable de décerner des prix d'excellence et l'on risque de connaître le déplaisir inverse à distribuer des bonnets d'âne, c'est pourquoi nous nous efforcerons de présenter ceux qui ne furent pas de pâles copieurs et peut-être même pas de véritables copieurs. Tous ne furent donc pas de simples disciples et certains méritent largement d'être écoutés, même s'ils ne changèrent pas la face du jazz, nous pensons par exemple au trop méconnu Joe Farrell.
Joe Farrell
Il n'avait rien d'un marginal et possédait un très solide bagage musical. Il fut assez tôt associé à des contextes expérimentaux, tel le grand orchestre de George Russell. Musicien d'origine italienne, il fut le plus souvent le partenaire de Noirs et travailla avec un nombre impressionnant de notoriétés, dont Charles Mingus et Chick Corea.
En 1967, suprême honneur, Elvin Jones le convia à devenir son ténor. Pourtant, Farrell ne fut jamais le « représentant sur terre » de Coltrane, d'abord parce que la base de sa musique était trop ancienne pour qu'il puisse ainsi se convertir à l'art d'un seul homme. Le jugement d'Elvin Jones l'engageant dans son quartette moins d'un an après la mort cle Coltrane était certes fort flatteur d'autant qu'il n'impliquait pas qu'il fût à la recherche d'un clone quelconque.
Le délié de son phrasé, sa sonorité exempte de vains étranglements, sa capacité de passer avec aisance du ténor au soprano ou à la flûte en faisaient un musicien brillant. Son aisance même lui permit de travailler beaucoup en studio et même d'inscrire à son passif quelques disques assez douteux. Joe Farrell mourut en 1986, il avait à peine dépassé les cinquante ans.
Sam Rivers
Sam Rivers, né en 1930, accomplit un long parcours, relativement obscur, avant de parvenir à une certaine notoriété au milieu des années 60, son jeu le plaçant dans la sphère coltranienne. Il fut, très peu de temps, le partenaire de Miles Davis au cours d'une tournée au Japon en 1964. La même année, il avait participé à l'enregistrement de deux disques du batteur Anthony Williams (pour Blue Note). Il emboîta bien tôt le pas aux hommes du free jazz et fut même un moment associé à Cecil Taylor. Il fut ensuite un des personnages clés du mouvement dit du « loft jazz » et se lança systématiquement dans des expériences met tant en jeu des formules instrumentales assez peu employées (lui-même jouant aussi de la flûte et du soprano), notamment un trio comprenant un tuba.
Il tourna ensuite beaucoup en Europe — surtout avec le contrebas siste Dave Holland et le batteur Barry Altschul —, consacrant toutefois une bonne partie de son temps à l'enseignement.
Dave Young, Paul Plummer, Fred Jackson
Deux hommes semblent aujourd'hui presque totalement oubliés, deux musiciens blancs, découverts auprès de George Russell au début des années 60 : Dave Young et Paul Plummer. Frank Kofsky, auteur du texte de pochette d'une réédition de « The Outer View » de George Russel, écrivit : « Paul Plummer, et que diable est-il devenu ?, dont le style dérive à la fois du Cannonball Adderley de la fin des années 50 et du John Coltrane du début des années 60 et qui va parfois plus loin dans ses explorations ? ». Nous pourrions pratiquement écrire la même chose de David Young, estompant toutefois la relation à Adderley, saxophoniste non moins intéressant et tout aussi mystérieux.
Chez Fred Jackson, qui fut souvent associé à des bluesmen et même à Little Richard au début des années 50, auteur d'un seul album — en février 1962 chez Blue Note —, le coltranisme apparaît comme une touche de couleur, bien appliquée et surtout bien sentie, au service d'un langage dominé par l'esprit du blues moderne.
Nathan Davis
Nathan Davis arriva sur la scène au début des années 60 et connut même une certaine notoriété en Europe, y enregistrant quelques albums de grande qualité — notamment avec les trompettistes Woody Shaw et Carmell Jones. Il est parfois dangereux de regarder le soleil en face, mais si le rayonnement de Coltrane éblouit maints saxophonistes, nombres d'auditeurs ne surent percevoir la luminosité radieuse de Nathan Davis.
Et, en effet, sa concision, son jeu peu appuyé, relèvent d'un lyrisme pudique. Il n'y eut jamais beaucoup de place pour les petits maîtres de la délicatesse, d'autant qu'ils n'exigeaient pas beaucoup d'espace.
- Sertfc