Roland Alexander, Bill Barron, Fred Anderson, Red Ander-son, batteur de son temps


Retour à l'index du site le-saxophone Roland Alexander, Bill Barron, Fred Anderson, Red Ander-son, Freddie Washington
Évoquons maintenant cinq figures mineures et surtout marginales du ténor : Roland Alexander, Bill Barron, Fred Anderson, Red Anderson et Freddie Washington. Les deux premiers nommés présentent un certain nombre de points communs avec Booker Ervin, notamment le fait d'avoir été à cheval, dès le milieu des années 50, entre une certaine avant-garde, alors en gestation, et un jazz plus traditionnel, bien qu'il
leur manquât le petit quelque chose que possédait le Texan et qui donne à l'énergie, autant qu'à l'esprit d'aventure, un caractère communicatif.
Fred Anderson demeure le plus étonnant des cinq, d'autant qu'il était déjà en activité en 1945. Il vécut au jour le jour l'odyssée chicagoane du jazz moderne, participa même à la fondation de l'A.A.C.M, symbolisant en 1965 le regroupement des forces et la volonté de créer en commun une nouvelle musique. Il assumait ainsi, au-delà des barrières de génération, la liberté née d'une connaissance directe de décennies de jazz à partir du bebop.
À Red Anderson revient le douteux privilège du mystère, celui que confère une disparition brutale, puisqu'il mourut avant d'avoir atteint la trentaine en n'ayant laissé que quelques faces, d'ailleurs peu accessibles, des enregistrements de 1961 au sein du quintette du trompettiste Webster Young. Il s'exprimait avec grande aisance dans la fameuse tradition des ténors locaux, notamment celle de Stitt et Ammons, et paraissait déjà marqué par John Coltrane. Red fut descendu à East St. Louis.
Notre cinquième larron, Freddie Washington appartient à la cohorte, somme toute importante, des « locaux », oeuvrant le plus souvent à East St. Louis. Il travailla pour le compte de Nat Adderley et de Freddie Hubbard à la fin des années 70. Coltranien de la première heure, il n'est guère connu que pour des enregistrements de 1961 en compagnie de Webster Young — décidément —, alors qu'il avait vingt-quatre ans.
Don Wilkerson, Rusty Bryant, Houston Person, Wilton Felder
Dans la droite ligne du jazz « funky » du milieu des années 50, un mini-courant bluesy instrumental fit son apparition au début des années 60. Ce « retour au blues » correspondant aussi à un certain courant de mode, valut à quelques maisons de disques, dont Blue Note, une des plus fameuses du jazz moderne, de graver quelques albums bluesy, mettant en vedette un saxophoniste ou un organiste, souvent les deux associés. C'est à cette époque que Don Wilkerson connut indirectement son heure de gloire dans notre pays : son Camp Meetin' , enregistré en 1962, devint l'indicatif de l'émission de radio « Pour ceux qui aiment le jazz ».
Fils de la Louisiane, Wilkerson était cependant un pur produit de l'école texane. À la fin des années 40, il avait commencé par accompagner des bluesmen. En 1954, il fut engagé par Ray Charles. Ike Quebec le présenta aux responsables de Blue Note en 1960 et il commença à enregistrer pour eux. Il disparut bientôt de la scène musicale. Sa musique était enracinée dans le blues et il avouait avoir été influencé par Arnett Cobb, ce qui ne nous étonne pas, et aussi par Charlie Parker et Sonny Stitt (pour son jeu de ténor).
Grand spécialiste des combos avec orgue, Rusty Bryant devint professionnel au milieu des années 40 et grava ses premiers disques une dizaine d'années plus tard (significativement, sur le premier on trouve sa version de Castle Rock sur le premier). En 1971, il entra chez Prestige, délivrant toujours des albums bluesy d'une honnête qualité, s'exprimant toujours au ténor, parfois à l'alto et même au Varitone sur deux de ses disques. Il enregistra pour divers organistes, dont Richard « Groove » Holmes, Charles Kynard, Sonny Phillips et Johnny Hammond Smith.
Houston Person, né en 1934, émergea au milieu des années 60, gra-vant son premier album chez Prestige. À ses débuts, il entendait, laissait-il entendre, se démarquer quelque peu de la majorité des souffleurs bluesy et n'hésitait pas à jouer, ainsi que le rappela Philippe Carles, « des « classiques » du jazz moderne (...) compositions de Tadd Dameron, Benny ( ;oison, Thelonious Monk, 13ud Powell, pièces modales de Miles Davis. »
L'ensemble de sa production permet seulement d'avancer qu'il avait plutôt bien assimilé le message des maîtres du bard bop et avait su élaborer une formule blues de qualité, moderne, au son très, voire trop, travaillé.
De ces modernes « shouters », Wilton Felder est le plus connu, du moins sous le nom de son groupe historique les Jazz Crusaders. Les affaires en appelant d'autres — les Jazz Crusaders s'étant tout de même acquis une solide réputation, l'aventure collective s'achevant à la fin des années 60 —, Felder remonta les Crusaders. Le mot « jazz » avait disparu, le saxophoniste n'avait rien perdu de sa belle technique du blues, l'accommodant à la sauce (désormais) funky, ni de son allant.
De nos jours, la nouvelle coqueluche se nomme Maceo Parker, mêlant un peu de jazz à son funk. L'homme n'est pas un jeunot et, comme il le dit lui-même : « Je crois que toute personne qui a écouté James Brown connaît le son et le phrasé de Maceo Parker. »
UAND ON CONSIDÈRE les puissances que déchaînèrent John Coltrane et Sonny Rollins, on oublie aisément que rien ne se passa en un jour, qu'un long cheminement fut nécessaire pour l'un e pour l'autre. Le parallèle entre les deux a souvent été élaboré, cependant il reste assez factice dans la mesure où il ne joue que dans les rares moments (d'infini ?) où ces deux parallèles se rejoignent.