L'AUBE DES SIXTIES et de la funk
Retour à l'index du site le-saxophone DES ISOLÉS À L'AUBE DES SIXTIES
Sal Nistico, Tubby Hayes, Booker Ervin, George Coleman, Michel Roques, Klaus Doldinger, Sadao Watanabe
Né en 1937, il finit d'user ses fonds de culotte dans des orchestres de rhythm and blues. D'origine italienne, il se lança dans le jazz avec le groupe des frères Mangione en 1961. À la même époque, il signa deux disques dans une optique assez hard bop. La période la plus connue de son existence de musicien est celle qu'il passa chez Woody Herman, entre 1962 et 1965. Il y fut un des principaux solistes, l'homologue de Paul Gonsalves dans l'orchestre de Duke Ellington. Si leurs jeux étaient sensiblement différents, ils entretenaient avec leurs formations respectives une relation assez similaire, les déboulés de Nistico ayant souvent ce côté déroutant, à la fois débraillé et inspiré, propre à Gonsalves. Rétrospectivement, Nistico regretta d'avoir trop souvent servi de rampe de lancement sur des tempos rapides et de ne plus avoir été considéré autrement que comme le ténor de Woody Herman. Il en était profondément affecté.
Les concerts qu'il donna à Paris au milieu des années 80 révélèrent l'étendue de sa palette musicale. En trio, il montra que son style avait pris en compte et ramassé en une expression bien personnelle l'apport de Coltrane et de Rollins, surtout du dernier nommé. Son répertoire était en majorité composé de standards, mais l'intelligence de ses lignes et la constante pureté de ses constructions ne devaient qu'à lui-même. Sal Nistico mourut en 1991.
Tubby Hayes, né en 1935, mourut en 1973. Ce saxophoniste britannique connut même une certaine notoriété aux États-Unis, ce qui est rare pour un Européen, y gravant quelques disques au début des années 60. Ces faces révèlent au-delà des préférences avouées de Tubby — un éventail assez large puisqu'il cita Coleman Hawkins, Paul Gonsalves et John Coltrane —, un musicien solide, à la personnalité complexe. Et c'est bien ce que traduisent certains de ses enregistrements moins réputés et pourtant fort précieux, nous pensons à ceux que l'on connaît en compagnie du trompettiste Jimmy Deuchar. Difficile de cerner cette fluidité même, celle du roc moussu dévalant la pente de la modernité sur son versant cool.
Face à de tels musiciens, on sent bien la vacuité de certaines analyses tendant à ne retenir de la configuration évolutive d'un instrument que les grands noms. Même s'ils n'entraînent pas à leur suite la masse des instrumentistes, certains musiciens se détachent d'eux-mêmes de ces méga-modèles et il n'est pas dit qu'à leur manière ils ne créent pas une autre force en filigrane, dont l'action s'exerce en profondeur sur les destinées de leur instrument.
Booker Ervin naquit au Texas en 1930. Le son et la puissance de souffle des ténors texans trouvent en lui leur représentant le plus moderne. Il se fit connaître auprès de Charles Mingus, qu'il avait rejoint à New York en 1958. Le contrebassiste avait été probablement été attiré par l'ambivalence de ce musicien dont l'univers se partageait entre des références traditionnelles (notamment le blues et le rhythm and blues) et se rattachait cependant à l'école moderne, celle d'un hard bop mâtiné d'emprunts à John Coltrane. Il apparaît rarement aussi à son avantage que dans les nombreuses faces enregistrées avec Mingus, entre début 1959 et 1963, sans doute parce que son art se trouvait particulièrement bien mis en scène.
Il poursuivit ensuite une carrière de soliste, parfois moins convain-cante, son inégalité d'inspiration étant également reflétée par sa producÂtion discographique, allant de l'excellent « Structurally Sound » de 1967 pour Pacific ou « The Space Book » pour Prestige, au médiocre « Setting the Pace » de 1965 présentant sa rencontre avec un autre ténor, Dexter Gordon.
Booker Ervin mourut en 1970. Il avait prouvé que l'on pouvait tracer sa voie à sa manière, au contact de musiciens jugés nettement d'avant-garde, sans perdre un iota de lyrisme et sans non plus se contraindre.
George Coleman, qui entra dans le quintette de Miles Davis au début des années 60 venait du vieux Sud, il faisait partie de l'orchestre de B.B. King qui vit défiler dans ses rangs Booker Little et Phineas Newborn. Il connaissait fort bien la tradition du blues et du rhythm and blues, ce qui ne l'empêcha pas de chercher d'autres horizons. Il s'installa à Chicago, jouant entre autres avec Ira Sullivan et John Gilmore puis à New York. En 1958, il fut engagé par Max Roach avec qui jouait son vieil ami BooÂker Little, puis par Slide I lampton. C'est assurément Miles Davis qui lui offrit la vraie notoriété. 1:,n fait, ce serait plutôt la place de John Coltrane, voire celle dl lank Mobley qu'occupait désormais Coleman chez
Miles. Le trompettiste n'avait pas l'habitude de prendre dans son groupe n'importe qui et il dut être séduit par la sérénité avec laquelle Coleman assumait la modernité, un zeste de Rollins, un peu de Mobley, de Coltrane, en tout cas un parfait naturel. Discret moderne chez les grands modernes, Coleman finit par monter son propre groupe à partir de 1973, retrouvant d'ailleurs dans son jeu cette profonde coloration blues des temps de Memphis. Honnête Coleman, qui jamais ne déçoit son mode.
Chez le Français Michel Roques, se profilent en arrière-plan l'art de Rollins et celui de Coltrane, mais sa lecture en est tellement personnelle, si élégante et jamais servile que l'on ne peut que regretter aujourd'hui l'absence d'un des jazzmen les plus prometteurs de la scène française des années 1960.
L'Allemand Klaus Doldinger, né en 1936, s'établit sur la scène du jazz au début des années 60, marqué tant par Rollins que par Coltrane, il possédait lui aussi une réelle originalité qu'il mit au service de recherches pas toujours très réussies, dans le domaine de la fusion (avant la lettre), louchant vers le rock avec le groupe Passport.
Exotique, le Japonais Sadao Watanabe, né en 1933, l'est. Non tant à cause de son origine que par sa démarche. Parkérien orthodoxe, il fit partie du quartette de Toshiko Akiyoshi en 1953. Il serait fastidieux d'énumérer toutes les étapes de sa longue carrière, contentons-nous d'en arriver à l'essentiel. Devenu une sorte d'institution dans son pays, il ne manqua pas de sacrifier à différentes modes, flirtant tristement avec la variété, finissant quand même par retomber sur ses pieds, pour nous offrir un succulent joyau parkérien, un bel album disons, comme celui qu'il signa en 1967 en compagnie de Charlie Mariano Â