saxophonistes


Retour à l'index du site le-saxophone James Spaulding
Né en 1937, il semblerait avoir débarqué au mauvais moment dans le jazz, relativement à son âge bien entendu, et tombé dans un trou de génération. C'est la seule explication que l'on puisse donner à l'obscurité dans laquelle il est tenu. Arrivé à la fin des années 50 sur la scène musicale de Chicago, il forma son propre quartette puis se rendit à New York afin de se joindre au groupe de Freddie Hubbard et y resta entre 1963 et 1964. Son style n'était pas très éloigné de Dolphy et il avait caractère poignant, commun à celui de .1 ackie Mcl.ean. Spaulding fut ensuite enrôlé dans l'ensemble de Max Roach et, la même année, pat.
Randy Weston. À l'époque, il travailla aussi à l'occasion avec Wayne Shorter. Son malheur fut de se retrouver lancé dans le jazz avec une position décalée. Face au « free jazz », il affirmait un relatif classicisme, alors qu'il était de la même génération que les révolutionnaires officiels. On devrait redécouvrir Spaulding, « espérons seulement qu'il ne soit pas trop tard pour lui », écrivions-nous en 1986...
Frank Strozier
Son cas n'est pas tellement plus réjouissant. Il apparut seulement un peu plus tôt sur la scène du jazz. Il était né la même année que Spaulding. Ce Noir à la peau claire venait du Sud, de Memphis. Il fréquenta l'école avec d'autres musiciens connus, Booker Little et George Coleman, les retrouvant un peu plus tard sur diverses estrades, au sein du petit ensemble du bluesman B.B. King par exemple. Le texte de pochette de son premier album « Fantastic Frank Strozier », paru chez Vee Jay en 1960, spécifiait bien que le jeune altiste ferait beaucoup parler de lui, la vie le démentirait. Il affirmait plus loin que Strozier était une sorte de mélange de Charlie Parker et John Coltrane. Il s'était joint en 1957 à un groupe dirigé par le batteur Waller Perkins et le quitta en 1959 pour s'installer à New York, où le groupe se reforma plus tard.
Entre 1961 et 1964, il fut associé au batteur Roy Haynes. On continuait d'ailleurs, à l'occasion d'un texte de pochette, d'affirmer que Strozier promettait beaucoup. Sa chance s'était pourtant présentée fugitivement en 1963, lorsqu'il fut engagé par Miles Davis lors d'une tournée sur la Côte Ouest. Le ténor, nouveau venu chez Miles, George Coleman était donc une vieille connaissance. L'orchestre joua deux semaines de suite au Blackhawk. « Strozier, en particulier, était un musicien stimulant. (...) Il jouait avec une passion, une audace qui s'apparentaient au feeling du nouveau contingent des saxophonistes de la « New Thing ». » (Eric Nisenson, Round About Midnight — Un portrait de Miles Davis).
En 1965, Strozier s'installa à Hollywood et joua régulièrement avec le batteur Shelly Manne. Il fut également employé comme musicien de studio et fit aussi partie de l'orchestre de Don Ellis. Il finit par regagner New York en 1971. En 1975, il fut convié à enregistrer un album, le premier sous son nom depuis 1962, pour Steeple Chase. Son titre, « Remeber Mc », était éloquent. Depuis la situation n'a guère changé, Strozier approche de la soixantaine et l'on reparle épisodiquement de lui.

Jimmy Woods
D'entre les fantômes californiens, Jimmy Woods ne paraît pas le mieux loti. Trop d'éléments jouèrent en sa défaveur, entre autres l'ab sence de tragique qui nimbe et sied à toute existence artistiques. Trop de comparaisons possibles avec d'autres radicaux ne permirent pas non plus d'asseoir sa légende.
À l'instar d'Ornette Coleman et vers la même épOque, la fin des années 40, il joua dans des groupes de rhythm and blues. Il rencontra d'ailleurs le futur pape du « free jazz » en 1956, Omette était alors liftier et lui-même employé au stock dans le même magasin. Il n'en sortit pas grand chose, musicalement parlant.
En 1961, Woods dirigea sa première séance chez Contemporay, suivie d'une autre en février de l'année suivante, complétant ainsi le disque « Awakening ! ». Le second album sortit en 1963, c'était « Conflict ». C'est alors que l'on put parler de points communs avec Coleman. Philippe Carles, non sans prudence, le qualifia d'avant-gardiste modéré et cet altiste noir, fixé sur la Côte Ouest, presque « personne déplacée », laissait le blues transpercer le tissus de la modernité. Aujourd'hui, ses disques, vilains canards d'un bref hier, ne peuvent plus en rien paraître dérangeants, la maladresse d'un temps, celle qui passait pour du flou esthétique, a acquis le charme d'un débraillé involontaire et même pathétique.
Joe Harriott
Il faut accorder une certain place au Jamaïcain Joe Harriott. Cet altiste né en 1928 se fixa à Londres en 1951. Il y fut très actif, et son style issu de celui de Charlie Parker possédait une certaine couleur caraïbe. Sa relation directe à la mélodie en faisait un frère d'Ornette Coleman. C'est à partir des années 60 qu'il put pleinement développer ses propres conceptions, montant un groupe avec le trompettiste Shake Kean. On a pu dire qu'il était un des « pères du free jazz », ce qui n'est pas faux, à condition de préciser que chez lui l'innovation participa toujours d'une élégante promenade, qui le mena avec autant de naturel au contact de formes délibérément complexes (son propre disque « Abstraction ») ou vers la musique de fusion « Indo-Jazz Suite ». I larriott mourut en 1973. Son oeuvre est à redécouvrir et dans son entier.

Gabe Baltazar
Chez certains, le décalage ne tient pas à l'entre-deux stylistique, plutôt à une position légèrement excentrée, avec la nuance géogra-phique que cela peut comporter dans le cas de Gabe Baltazar, souvent nomade puisqu'il tourna souvent avec de grandes formations. Rien de tragique chez cet homme, premier alto chez Stan Kenton entre 1960 et 1964, période la mieux connue de sa carrière. Ce parkérien « yéyé », nullement nostalgique et même simplement de son temps est de ceux dont les déboulés ravissent les auditeurs et qui ne connaissent pourtant jamais l'audience qu'ils mériteraient. en trouverait d'autres, et pas des moindres, chez Don Ellis, Maynard Ferguson, Woody Herman, etc., qui brûlèrent les planches et dont l'Histoire ne veut pas se souvenir. Au détour d'un blindfold test, exemple pertinent, Stan Getz fut frappé par la valeur de l'alto qu'on lui faisait écouter sans lui révéler son identité. De tels compliments, dont l'impartialité est assurée, ne suffisent pas à renverser la vapeur. Il nous reste donc à écouter les disques, assez nombreux, de Kenton où Baltazar est un soliste très sollicité, à commencer par le discutable et pourtant attachant « West Side Story ».
Gary Foster
Gary Foster se trompa d'avant-garde, il choisit pour base d'exploration l'école tristanienne, et lorsque l'on sait qu'il démarra au milieu des années 60, il est facile de mesurer le décalage ! Foster ne choisit pourtant pas la marginalité et se fit même une place au soleil dès 1965, au sein de l'orchestre de Clare Fischer, un des plus en vue de Californie. On le retrouve ensuite dans d'autres big bands non moins cotés sur la Côte Ouest — Louie Bellson, Toshiko Akiyoshi —, ainsi qu'avec des petits groupes, dont celui de Jimmy Rowles. Il fut ainsi longtemps associé avec Warne Marsh (entre 1968 et 1973). Lorsque l'on connaît les grandes exigences musicales de ce dernier, un des plus brillants élèves de Lennie Tristano, il est plus facile de comprendre que Foster, né en 1936, participe d'une relève que l'on n'espérait plus. Son style est proche de celui de Lee Konitz, ce qui n'exclue pas une personnalité bien définie et une stature quasi rabelaisienne — paradoxale aux yeux de ceux qui voient dans le courant tristanien un indice de frilosité —, sa relation profonde à la musique de Tristano n'altérant pas sa belle santé et n'oblitérant pas son avenir.