STEVE LEHMAN saxophone moderne
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Structural Fire
La distribution en France de CIMP, label animé par l'infatigable Bob Rusch (par ailleurs éditeur de la revue Cadence), est — regrettablement -- plus qu'aléatoire. C'est pourtant sous cette étiquette qu'ont paru les derniers disques de Marshall Allen, Odean Pope, Dave Burrell ou Anthony Braxton, musiciens dont l'intégrité n'a jamais fléchi et dont l'art, qui s'arcboute entre tradition et free music, continue de constituer une intéressante alternative à l'invasion des musiques consuméristes. Steve Lehman appartient à cette lignée, élève de Braxton à la Wesleyan University et de Jackie McLean à Hartford. Du premier, il a retenu la virtuose aisance jusqu'à la liberté absolue et l'indéfectible énergie. Du second, un goût pour des structures (telles celle d'Action, qu'il lui reprend) qui ouvrent le champ de l'improvisation dans l'après-hard bop. Aux deux, il a repris une force du souffle qu'amplifie une sonorité d'alto délibérément saturée. Lehman n'a que vingt- quatre ans, mais déjà Andrew Hill l'a accueilli dans son big band (il en a dit le plus grand bien dans sa dernière interview pour Jazzman), tout comme Braxton avec lequel on l'a vu à Banlieues bleues. Le trompettiste Roy Campbell qui étudia
avec Lee Morgan avant de s'affirmer comme figure de la loft generation, ne peut être qu'un partenaire idéal au sein d'un quintette à la composition notable (une rythmique associant guitare, contrebasse et percussions). Particulièrement intéressant, le répertoire est conçu pour provoquer ce structural fine dont le leader dit qu'il est un embrasement du soliste obtenu non pas d'un dérèglement débridé du jeu mais de l'exacerbation du discours par la forme. Bonne idée. Sachez-le : Lehman est à Paris pour quelques mois. Profitons-en.
Vincent Bessières