Kerry garrett et son alto
Retour à l'index du site le-saxophone Depuis qu'il a été précipitamment poussé sur le devant de la scène par l'ami Miles, à la fin des années 80, Kenny Garrett n'a cessé de focaliser l'attention, s'attirant parfois des critiques sévères. Mais, au fil des albums, le saxophoniste a su convaincre les plus sceptiques de son véritable talent, gagnant, avec l'âge et le temps, l'épaisseur et la profondeur qui lui manquaient peut-être à ses débuts. Et ce "Standard of language" — un titre qui sonne comme une profession de foi — devrait lever les derniers doutes qui subsistaient à son égard. Car s'il s'inscrit dans une tradition purement jazz, avec une formation entièrement acoustique, ce nouvel enregistrement, à la direction résolument moderne avec ses couleurs modales, semble, dès les premières mesures, habité par un feu sacré qui n'est pas sans évoquer le flamboyant Coltrane. Propulsé par une rythmique époustouflante (Vernell Brown au piano, Charnett Moffett à la contrebasse, Chris Dave à la batterie), Garrett s'envole littéralement dans ses longs chorus aux traits tranchants, rejoignant ses maîtres prestigieux dans des cieux lumineux, sans jamais paraitre trivial ou bavard. Et quand le tempo se calme, après les titres d'ouverture d'une incroyable intensité menés à un train qui réveillerait les plus blasés, il fait sonner son instrument avec une étonnante douceur, posant ses notes comme des caresses sur des fleurs, pour ne pas briser un fragile équilibre. Et même si certains thèmes ne passeront sans doute pas à la postérité, cet album captivant de bout en bout pourrait sonner comme une indiscutable confirmation.