Erroll Garner
"Concert By the Sea"
1955
Columbia/Sony
L’album qui propulsa ErrolI Garner au sommet de son succès public. Enregistré à Carmel en Californie, dans des conditions par­faites, ce concert en trio avec Eddie Calhoun et Denzil Best présentele pianiste à son meil­leur, essentiellement sur des standards tota­lement revitalisés par le swing garnérien.


Count Basie
"April In Paris"
1955-1956
Verve/Universal
L’un des sommets de la deuxième période du Count: arrangeurs inspirés (Wild BilI Davis, Ernie Wilkins, Frank Foster, Neal Hefti) et solistes de luxe (Thad Jones, Benny Powell, Joe Newman, Frank Wess, sans oublier Basie lui-même...) ali­mentent la machine à swing en savoureuses relances et contrastes dynamiques.


Duke Ellington
"Such Sweet Thunder"
1956-1957
Columbia/Sony
La forme de la suite totalement magnifiée. Il fallait la puissance expressive d'Ellington, sa palette de couleurs flamboyantes et l'épaisseur humaine de ses solistes pour évoquer Shakespeare et ses si doux orages. Harry Carney dans un de ses plus grands rôles et dans The Telecaster, une mise en scène du silence proprement stupéfiante.


Sonny Rollins
"A Night at The Village Vanguard"
1957
Blue Note/EMI
En trio, sans piano, pour mieux arpenter des standards dont il explore les moindres recoins, le saxophoniste se livre à l'art du récit avec une imagination féconde, une sonorité magnifique et une énergie qui font éclater les canons de l'improvisation. Elvin Jones à la batterie n'y est pas pour rien.


Ahmad Jamal
"Ahmad's Blues"
1958
Chess/Universal
Initialement publiée sur deux disques Argo, une soirée au Spotlite Club de Washington. Avec lsrael Crosby à la contrebasse et Verneli Fournier à la batterie, Ahmad Jamal y plante un arbre généalogique du piano contemporain, celui d'Esbjörn Svensson ou de The Bad Plus: l'art de la
suggestion pour un minimaliste explosif.


Art Blakey
"Moanin"
1958
Blue Note/EMI
La profession de foi du hard bop: sur des thèmes d'une implacable efficacité signés par le saxophoniste Benny Golson (Blues March, Along Came Betty...) et le pianiste Bobby Timmons (Moanin'), le quintette de Blakey revivifie le jazz moderne aux sources sacrées et profanes du spiritual et du blues.


Art Pepper
"+ Eleven, Modem Jazz Classics"
1959
Contemporary/Warner
"Plus onze", car Art Pepper avait à ses côtés autant d'instrumentistes de première classe pour servir les partitions superbement imaginées pour lui par Marty Paich sur de nouveaux classiques du jazz moderne. La fougue de l'artiste éclate sur un disque emblématique de l'apogée de la West Coast.


Miles Davis
"Kind of Blue"
1959
Columbia/Sony
En deux séances, le 2 mars et le 22 avril 1959, Miles Davis change la face du jazz moderne, Aidé dans son entreprise par les savantes couleurs modales de Bill Evans, l'intuition réfléchie de John Coltrane et la flamme de Cannonball Adderley, le trompettiste s'aventure en terrain vierge, et s'impose en défricheur.


John Coltrane
"Giant Steps"
1959
Atlantic/Warner
Voilà des mois qu'il s'entraînait à faire le tour de la tonalité avec bottes de sept lieues. Il voulait faire le point avec ça avant de passer à autre chose. Ça aurait dû être assommant. Ce
fut tout le contraire. Fervent, constamment lyrique. Et même si Tommy Flanagan s'y perd un peu, il le fait avec une telle distinction !


Ornette Coleman
"The Shape of Jazz to Corne"
1959
Atlantic/Warner
C'est John Lewis qui persuada Nesuhi Ertegun d'enregistrer Ornette et son quartette sur Atlantic. Résultat :en mai 1959 à L.A., ils inventent ensemble "la forme d'un jazz à venir". Ce qui frappe aujourd'hui, c'est la "sagesse" de cette musique aux confins de l'atonalité mais surtout son enchantement mélodique. Ses ritournelles acides si tristement allègres n'ont pas fini de danser dans nos têtes comme des flammes.


Dave Brubeck Quartet
"lime Out"
1959
Columbia/Sony
Les audaces métriques appliquées de Blue Rondo a la Turk et de Take Five font sourire de nos jours. Mais ces vieux tubes sont rentrés dans nos coeurs, certains chantés par Nougaro. Et puis, il y avait le merveilleux drumming de Joe Morello et le "souffle au coeur" de Paul Des
mond. Nos sourires sont alors de tendresse.


Wes Montgomery Trio
"A Dynamic New Sound"
1959
Riverside/Warner
À peine arrivé York pour enregistrer son premier Riverside, Wes y enregistrait une série de chefs-d'ouvre ­pour guitare, orgue et batterie, une série de miniatures où le drive le dispute à la précision des idées. Comme dans cette version définitive de Round Midnight que tous les guitaristes contemporains connaissent par cour.


Ella Fitzgerald
"The complete Ella in Berlin : Mack the Knife"
1960
Verve/Universal
Sur Scène, avec l’appui d’un quartette parfait (Jim Hall, aussi discret que délicat), la chanteuse fait swinguer les classiques du répertoire américain. Et quand elle oublie les paroles de Mack the Knife, elle en improvise de nouvelles, comme un charme. Dans toute sa splendeur, Ella – sa malice, sa grâce.


Gerry Mulligan and The Concert Jazz Band
"At the Village Vanguard"
1960
Verve/Universal
Légèreté de la for­mule, clarté de l’archi­tecture, solistes de pre­mier plan, le Concert Jazz Band fut un or­chestre de rêve éphé­mère que Mulligan in­venta pour son plaisir. Des chases ébourif­fants, Clark Terry mer­veilleux, des arrange­ments admirables, et le baryton sur un nuage. La perfection en action.


Jimmy Giuffre 3
"1961"
1961
ECM/Universal
Sous cet intitulé se cachent les albums “Fusion” et “Thesis”, réalisés à l’origine pour le label Verve par Jim­my Giuffre, Paul Bley et Steve Swallow. En vingt miniatures presque “zen”, l’acte de nais­sance d’un jazz de chambre décomplexé vis-à-vis du free comme de la musique “con­temporaine”.


BilI Evans
"The Complete Live at the Village Vanguard"
1961
Riverside/Warner
Un dimanche au Vil­lage Vanguard. L’après-midi et la soirée. Un trio de rêve éveillé, Scott La Faro gamba­dant, Paul Motian chuintant et Bill Evans lové sur le clavier... Un monument de télépa­thie, d’empathie, de sensibilité frissonnante. À ce niveau d’intensité émotionnelle, la beau­té du jazz vous en­voûte pour le reste de votre existence.


Thelonious Monk
"Monk's Dream"
1962
Columbia/Sony
L’univers du pianiste dans toute son étran­geté (voir ses composi­tions, et sa manière d’accompagner), mais aussi dans sa pleine intégrité: Monk dirige ici un quartette où la rythmique John Ore / Frankie Dunlop sou­tient avec intelligence les divagations mûre­ment réfléchies du saxophoniste Charlie Rouse.


Charles Mingus
"Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus"
1963
lmpuIse/Universal
Toujours trempé de moiteurs baptistes, mais plus ellingtonien que jamais, avec la reprise de Mood Indigo et un Charlie Mariano très “hodgien” sur Celia et I X Love. On fris­sonne de tendresse sur Theme for Lester Young (Goodbye Pork Pie Hat). Eric Dolphy nous met en transe sur Better Get Hit in Yo’ Soul.


Gil Evans
"The lndividualism"
1963-1964
Verve/Universal
Wayne Shorter, Phil Woods, Elvin Jones : l’orchestre brille de mille feux sur des parti­tions signées par le chef, ou empruntées à Kurt Weill, notamment. Faisant la part belle aux registres graves et aux ambiguïtés entre ma­jeur et mineur, la mu­sique de Gil Evans porte aux rêveries les plus fécondes.


Horace Silver
"Song For My Father"
1963-1964
Blue Note/EMI
Un monument du hard bop, et l’un des joyaux du catalogue Blue Note: Horace Silver sur un répertoire funky à souhait, rythmiquement dense, où affleu­rent ses racines caraïbes. Des thèmes inoublia­bles, un swing irrésis­tible, deux quintettes échevelés. En prime, Joe Henderson tour à tour lyrique et véhément.


Eric Dolphy
"Out to Lunch"
1964
Blue Note/EMI
"Sorti déjeuner". Avec, sur la pochette, une impossible heure de retour. Ironie du destin ou prémonition d'une fin soudaine ? Cet al­bum est en tout cas le dernier que Dolphy en­registra quelques se­maines avant sa mort. Fouettée par Tony Williams, la musique s'offre ici comme un haletant film à suspens avec plein de rebondis­sements et de surpre­nants zigzags. De bout en bout, la beauté y est convulsive.


Albert Ayler Trio
"Spiritual Unity"
1964
ESP/Mélodie
Sur une rythmique à Giacometti (Gary Peacok / Sunny Murray), le chant du saxophone, rien que le chant, jusqu’à l’extase, jusqu’au cri. Derrière ce qui peut paraître vociférant, une extraordinaire décon­traction, une faculté de faire le vide, de relâ­cher à l’extrême pour aboutir à une libération maximale d’énergie.


John Coltrane
"A Love Supreme"
1964
lmpulse/Universal
L’un des rares chefs-d’œuvre incontestés du jazz, qui s’imposa comme tel dès sa paru­tion. John Coltrane et son quartette célèbrent l’amour divin et leur dévotion passionnée donne toute sa puis­sance à cette suite en quatre parties où le lyrisme se consume en une méditation instru­mentale.


Wayne Shorter
"Speak No Evil"
1964
Blue Note/EMI
Six compositions toutes devenues des standards du jazz contemporain, par un quintette de feu, réunissant la trom­pette pyrotechnique de Freddie Hubbard, le velouté du ténor du leader, le piano incisif de Herbie Hancock, la basse ondoyante de Ron Carter et les roule­ments d’Elvin Jones: un album-manifeste.


Archie Shepp
"Fire Music"
1965
lmpulse/Universal
Une émouvante relec­ture de Prelude to a Kiss par un saxopho­niste imprégné de Ben Webster, le plus enra­ciné de ces jeunes gens en colère qui firent “la nouvelle chose”. Ses petites formations plai­dent formidablement pour les aspirations ar­chitecturales du free jazz trop souvent igno­rées. Bouleversant hom­mage à Malcolm X.