Dave brubeck,sax et son doux


Retour à l'index du site le-saxophone Cette sélection des premiers enregistrements sur lesquels on peut entendre Dave Brubeck et Paul Desmond a le charme sépia des vieux enregistrements en même temps que cette grâce de la jeunesse aventureuse. Les deux musiciens y lient le goût le plus délicat pour l'invention suave et l'attrait pour ce qu'on appelait jadis la "musique abstraite". Brubeck, de façon très délibérée, essaie des dissonances qui tiennent encore de la provocation juvénile, entre le fou-rire et la sérieuse audace, s'échappe des harmonies, décale les rythmes, imagine des précipices vertigineux au-dessus desquels il saute à pieds joints... Desmond, avec déjà cette merveilleuse sonorité filée à l'alto, cette facilité ondoyante, cet étonnant à- propos mélodique, le suit et l'accompagne, .. Et il se laisse entraîner avec une jubilation parfois incrédule sur les pentes glissantes où l'emmène le pianiste. Une aussi juste entente, née d'une très sûre intuition du contrepoint, est significative des petits miracles qui fleurissaient sur la Côte ouest au tout début des années 50 (bien que trois morceaux aient été enregistrés au Storyville de Boston). Et les épines délicieusement piquantes qu'inventent les deux compères (avec une rythmique qui les soutient sans problème) surgissent sur les roses les plus délicates : Alice in Wonderland, valse charmante qu'immortalisera Bill Evans au Village Vanguard quelques années plus tard, On a Little Street in Singapore, thème faussement exotique, qu'on imagine sifflé par un Marine sentimental,en vareuse et en goguette, ou le duo sur You Go To My Head, qui n'en finit pas de dérouler ses merveilleux méandres...